La trace
Voici est le texte-oeuvre que j'ai fait durant ma session d'automne et il fait partie, à la fois de l'oeuvre avec ma dernière vidéo de décembre dernier et également d'une future exposition. Je vous le partage parce que, selon moi, il est extrêmement pertinent dans notre contexte actuel. Bonne lecture !
Lien pour le vidéo en question : La trace
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L’année 2020 est celle du numérique, des médias sociaux, des conférences vidéo, des montages de photo de famille. La course aux contacts humains est démarrée. Depuis le mois de mars, la situation nous a finalement donné raison d’être sur nos accessoires technologiques. Mais qu’en est-il de tous ces moments passés brimés par cette même technologie ? Où est notre cohérence ? Aujourd’hui, les médias sociaux nous encouragent à mettre des traces de nos vies pour créer des interactions artificielles. Des compagnies engagent des gens pour devenir des influenceuses et influenceurs, les gens sont littéralement payés pour capturer des traces de leur existence avec des accessoires commerciaux. Certaines personnes deviennent plus importantes que d’autres, grâce à ce principe, en publiant des dizaines de photos par jour ils « existent » et en ont la preuve par ces traces photographiques. La situation planétaire nous a emmenés au point où ce qui est le plus important est devenu ce que nous pouvons vivre en « voyant ». Maintenant, tout passe par le numérique parce qu’on est cloitré à la maison.
Le concept d’existence à notre ère est devenu un sérieux enjeu depuis l’arrivée des réseaux sociaux. La tendance veut que nous capturions TOUT sans exception, et c’est la course aux plus « beaux » souvenirs photographiés, mais au fond, quelles valeurs ont ces moments si nous ne les avons pas vécus sans prétention qu’il soit le meilleur aux yeux des autres ?
Plus je vieillis et plus je me rends compte que l’important c’est de garder en mémoire tous les moments dans lesquels l’on se sent bien.
Du samedi 7 novembre jusqu’au lundi 9 novembre, j’ai profité et imprégné tous les petits moments dans mon esprit. J’ai compris que la trace devait être à l’intérieur de nous, dans nos souvenirs corporels et émotionnels, dans notre mémoire profonde. Aujourd’hui, j’ai la conviction de vivre chaque moment au présent, de ne plus jamais laisser aucun moment de bien-être passé sous mon âme. Ce soir, j’ai fait une empreinte dans mon esprit de ce sentiment tellement magique, ce sentiment d’être au bon moment avec la bonne personne.
Nous sommes en constante évolution et la vie actuelle ne nous permet pas d’obtenir le niveau auquel nous devrions prétendre. Le monde actuel nous montre toutes sortes de façons d’arriver à garder tout en mémoire, mais de manière virtuelle. Ce principe affaiblit considérablement notre capacité à mémoriser par nous-mêmes. La mémoire est une capacité cognitive impressionnante, que nous négligeons vraisemblablement, par le désir de capturer tout, mais en fin de compte, nous pouvons capturer l’intégralité par nous même, il s’agit seulement d’y croire et d’y accorder l’énergie nécessaire. Le principe vu en cours de la machine dure et la machine molle est parfaitement dans la même optique que ma pensée. Ce principe évoque la technologie comme étant la machine dure, elle absorbe l’information qu’on lui offre. La machine molle est notre cerveau, celui-ci est si complexe que même les sciences les plus avancées ne comprennent pas tout son fonctionnement. Tranquillement, la machine dure prend la place de notre cerveau, plus nous allons nous enliser dans ce concept, moins notre cerveau pourra être performant.
La première étape pour arriver à garder une trace saine dans notre mémoire est de ne pas s’enfouir dans nos pensées et d’arriver à être complètement transparent avec les gens avec qui nous passons du temps. Cette étape fait partie de l’intimité, car celle-ci sous-entend une ouverture à l’autre. En effet, il est extrêmement difficile d’être dans le moment présent lorsque des pensées intrusives sont dans notre tête. Le meilleur moyen de se sortir de là est de faire confiance en notre entourage au point de se laisser être vulnérable.
Dans le passé, j’ai été énormément blessé par la confiance que j’ai mise entre de mauvaises mains. Je me suis déjà fait reprocher d’être naïve d’avoir confiance aux gens aussi rapidement, car dans mon livre à moi les gens devraient toujours pouvoir avoir confiance en nous, jusqu’à preuve du contraire. De là, s’il y a eu erreur il est toujours possible de rétablir la situation en prouvant notre volonté de réparer nos torts. Il nous arrive à tous d’avoir des moments d’égarement durant certains moments de détresse plus ou moins grands, il est alors possible de prendre du recul et de réévaluer nos faits et gestes.
La confiance que les gens peuvent offrir aux autres dépend entre autres du niveau qu’ils ont envers eux-mêmes. À l’évidence, quelqu’un ayant peu de cette dernière aura plus de difficultés à être une bonne personne de confiance parce que celle-ci ne pourra pas relater le même sentiment que la personne ayant une meilleure assurance. Je m’explique, quelqu’un avec une faible confiance en soi verra la confiance à laquelle il accède par un intermédiaire comme un pouvoir au lieu d’un privilège. Le « pouvoir » qu’il prétend avoir devient alors une arme pour se défendre. Une personne avec une plus faible confiance envers elle-même aura plus de difficulté à faire confiance aux autres. Celui-ci pourrait également montrer une certaine agressivité envers son entourage plus ou moins proche. Le danger est soulevé ici, car après avoir vécu une trahison, il est extrêmement difficile de faire confiance à nouveau, mais la vie a-t-elle réellement un sens sans confiance ?
En effet, lorsque quelqu’un n’est pas nécessairement bien dans sa peau il aura certaines lacunes pour ce qui est de ses aptitudes en communication. Par exemple, la résilience ainsi que la reconnaissance des points de vue extérieurs pourraient alors être moins développées. Découlant de ce principe, cela affecte sa capacité à communiquer efficacement et rationnellement avec autrui ainsi, ses relations prendront alors les coups de sa faible confiance en elle ou lui-même. La capacité à communiquer efficacement se développe plus facilement dans des relations saines et équilibrées.
La meilleure façon d’atteindre des relations de cette nature est d’arriver à s’aimer soi-même et d’être en mesure de voir sa valeur, ses qualités ainsi que ses défauts. Pour y arriver, il faut y mettre énormément d’énergie et de temps. Il faut avoir des passions ainsi que des choses qui nous tiennent à cœurs et avoir la conviction d’atteindre nos buts.
Ce qui fait en sorte qu’aujourd’hui je suis en mesure d’être aussi transparente avec autrui est l’estime que j’ai acquise envers moi-même. Mon évolution personnelle me permet alors d’être en mesure de comprendre que tout le monde est à risque de faire des erreurs et que la seule chose qui importe est la façon dont nous réagissons aux conséquences de nos actes. Avec cet état d’esprit, je n’ai plus la peur d’être blessé parce que je fais le choix de faire confiance. Dans ce choix, j’ai aussi en tête que les confessions que je fais alentour de moi font partie intégrante de ma personne, de cette façon je m’expose considérablement. Je choisis de vivre avec un certain lot de risque par rapport à la vulnérabilité, parce que j’ai le besoin d’avoir des relations fondées sur des bases honnêtes et véritables. Avec l’estime de soi vient l’amour propre et j’ai, selon moi, atteint un degré assez élevé pour pouvoir lâcher prise envers les choses dont je n’ai pas le contrôle. En effet, lorsque je choisis d’offrir une facette de moi, voir tout mon livre, à quelqu’un je m’expose énormément, mais je suis désormais capable de comprendre que les gens autour de moi deviennent de plus en plus le reflet de ce que je suis.
Grâce à ma réflexion sur le sujet, j’ai pu remarquer que les gens avec une plus grande confiance en soi sont moins portés à avoir peur de l’autre. En effet, la plupart du temps ces gens sont plus en mesure d’affirmer leur point de vue ainsi que ce qu’ils sont véritablement. Il est alors plus facile d’avoir des relations fluides et harmonieuses.
Dans cette même optique, je m’entoure de plus en plus de gens avec une forte confiance en eux. C’est ainsi que j’arrive aussi facilement à ma liberté d’expression. Chez moi, la confiance est viscérale dans mes relations par le lien qui se tisse entre deux personnes qui se confient.
On a tous les mêmes difficultés quand il s’agit de s’exposer soi-même, mais lorsque l’on y arrive, la trace de chaque moment devient plus claire et plus saine.
J’ai fait toute cette parenthèse au sujet de la confiance, car la base de notre handicap en tant que société est aussi simple que de ne pas réussir à faire confiance à notre partenaire de vie. En effet, le principe d’une société est le vivre-ensemble et celui-ci est devenu inexistant. On est rendu au point où les contacts sociaux avec des étrangers sont surprenants. Ça me désole, mais par l’art, j’ai confiance d’arriver à faire un certain changement sur ce point. Le temps est éphémère, de là l’importance de garder le plus de moments enrichissants dans notre mémoire. J’ai un questionnement sur le fait de savoir si la trace photographique et vidéographique est plus importante que la trace mnémonique.
D’une part, je considère que pour l’histoire, il est extrêmement important d’avoir des traces des grands événements et la documentation nous aide à éviter de faire plusieurs fois les mêmes erreurs. D’autres parts, cette obsession de garder la trace de tout et de rien, nous amène à oublier ce qui est fondamental, puis a brimé nos vies en tant qu’individu. Par cet essai, j’ouvre la porte à un nouveau départ où chaque personne prend un temps de recul envers les situations auxquelles il fait face. Ainsi, chacun peut arriver à garder le meilleur de leur vie dans leur mémoire pour le restant de leurs jours. En effet, il est viscéral pendant des moments de détresse de pouvoir se raccrocher à des souvenirs de bonheur pur, et le seul moyen pour y arriver, selon moi, est celui que je viens de vous énoncer.
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Enfin, j’ai partiellement abordé le sujet de la société dans la conclusion de mon essai. J’ai nommé le manque de confiance au sein de notre collectivité comme étant un handicap et je voudrais ouvrir sur le principe actuel de celle-ci.
En effet, la vie que nous propose notre société n’a pas de but concret. Elle nous amène à un confort fictif et nous entraîne dans un cercle vicieux économique. Pourtant l’économie est totalement abstraite. En quoi être aisé économiquement devrait-il nous rendre satisfaits? La société refuse de nous laisser tracer notre voie par nous-mêmes. Elle nous conditionne toute notre vie à acquérir des facultés pour exécuter des tâches plutôt que de devenir autonome intellectuellement. De là, l’importance de développer notre mémoire et notre capacité intellectuelle en tant qu’individu.
Notre conception du temps est encadrée par des années, des semaines, des jours, des heures, des minutes et des secondes. Le temps, toujours séparé en parcelles plus petites les unes que les autres, a pour effet de nous conditionner à toujours nous concentrer sur celui-ci qui défile à une vitesse fulgurante. La société de performance accentue énormément cette perception du temps. Dû à notre relation plus ou moins saine avec le temps, superposé à notre perception que celui-ci accélère, l’urgence d’avoir un travail stable, une maison ainsi qu’une famille nous empêche de voir ce qui est viscéral. Notre tendance à toujours regarder le futur nous bloque dans notre développement intellectuel et notre société envenime ce phénomène. Effectivement, dès notre plus jeune âge on nous apprend à économiser et à penser à notre futur en plus d’être entraînés à toujours nous surpasser davantage sans réfléchir nécessairement. Notre système occidental au complet est bâti sur un modèle économique. L’éducation ne fait pas exception, ce qui fait en sorte que notre cerveau est conditionné à penser d’une certaine façon, car il croit au chemin tracé qu’on lui propose et voit cette option comme étant la seule et unique façon d’être.
Je crois être sur une bonne piste afin de démystifier la raison pour laquelle notre confiance en tant que société est si faible. À l’évidence, si l’on prend mon propos venant de mon essai, j’ai fait le constat d’un lien très étroit entre la confiance et notre capacité à enregistrer certaines choses dans notre mémoire ainsi qu’au développement du cerveau. Basé sur mes allégations précédentes, puisque notre éducation ne nous montre pas à réfléchir, mais à exécuter, l’introspection devient extrêmement difficile, puisqu’elle demande une capacité élevée de l’esprit critique.
De nos jours, notre confiance personnelle est fortement affectée par le regard de l’autre et celui-ci est d’autant plus présent à cause des réseaux sociaux. Cette confiance tant à diminuer de plus en plus ce qui crée plusieurs problèmes dans le domaine démocratique à cause du manque d’informations fiables. L’État étant une entreprise séparée du peuple, n’a pas à son avantage d’amener sa population à une indépendance intellectuelle, car ce faisant, il aurait beaucoup moins de contrôle sur la masse. D’un autre point de vue, la pente actuelle montre que l’absence d’esprit critique pourrait mener à un écroulement des démocraties occidentales.
Finalement, la difficulté de la population à retenir l’information de leur quotidien vient entre autres d’une éducation bâclée à des fins de profits pour l’État. Celle-ci rend la population dépendante du système et donc leur enlève complètement leur autonomie en général. Cette absence entraîne une dégression de la capacité intellectuelle qui a un impact direct sur l’unicité de la valeur individuelle et donc affecte notre capacité à garder une trace claire de chaque moment de notre vie puisque nous passons l’intégralité de notre temps à être inquiet pour un futur qui soi-disant n’est que potentiel, car nul ne peut prévenir l’avenir.
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