Élastique

    Depuis un an, un mois et un jour, on a un élastique autour du cou. Un élastique qui parfois, se dégage pour quelques semaines et nous resserre à nouveau, mais plus fort à chaque fois. Cette poigne est sur le point de devenir une corde, celle à laquelle tous les gens qui se reconnaîtront en moi, vont finir par se pendre avec.

    Je suis une étudiante qui a toujours performé, une élève modèle qui est organisée, qui remet tous ses travaux à temps et qui s’est toujours pliée aux exigences. Pour moi, la tricherie était inacceptable, j’ai toujours refusé de donner mes travaux à d’autres collègues. Quand mon étude avait pris le bord pour un sommeil plus long, j’en assumais les conséquences c’est-à-dire une note probablement sous ma moyenne générale. J’ai toujours priorisé mes études et mes performances académiques à toute autre activité. J’ai fait mon secondaire à cent mille à l’heure dans un programme spécial pour pouvoir faire ma passion en même temps que mon diplôme d’études secondaires. J’ai TOUT fait pour toujours être exemplaire. Montrer à l’autorité de quoi j’étais capable et mon maximum n’a jamais été assez pour moi. J’ai des professeurs qui m’ont déjà dit que je pouvais arrêter mon projet parce que j’avais déjà 100% pour celui-ci, mais je continuais quand même de le travailler parce que j’en voulais plus de moi. 
     
    J’ai été élevé dans une famille où l’entraide est primordiale, où la générosité est une valeur fondamentale. J’ai toujours tout fait pour les autres, j’ai aidé des gens à m’en rendre malade. Me demander plus à moi même ne m’a jamais fait peur, jusqu’à tant que ma tête me fasse peur par elle-même. 
Savez-vous ce que c’est d’avoir des pensées suicidaires à 19 ans? De tomber en dépression alors qu’on a une vie au complet devant soi? Être à deux doigts de passer à l’acte, jusqu’à tant qu’on s’ébranle nous-mêmes pour encore s’en demander plus. Je suis en vie parce que je m’en demande toujours plus, mais cette vie-là tient à un fil aussi à cause de ça.
 
    La manière dont la crise sanitaire est prise en charge en ce moment, les mesures de plus en plus autoritaires me font sentir comme une mauvaise élève, comme une mauvaise personne. Pourtant j’ai toujours tout fait pour être exactement le contraire. 
 
    Actuellement, j’aimerais mieux mourir de la COVID-19 que de me suicider, au moins, de cette façon-là j’aurai vécu des contacts humains. Pis anyway, même si je me suicidais, je serais comptabilisée aux morts COVID pour vous serrez l’élastique un peu plus encore. 
 
    On est en bungee depuis trop longtemps et il n’y a personne qui vient nous chercher en bas. On se noie. 

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